"Le cœur des animaux est la base de leur vie, le souverain de tout, le soleil de leur microcosme, de qui dépend toute croissance, et par qui procède toute vigueur et toute force." — William Harvey
Article fondateur : Varbo A, Benn M, Tybjærg-Hansen A, Jørgensen AB, Frikke-Schmidt R, Nordestgaard BG. Remnant cholesterol as a causal risk factor for ischemic heart disease. J Am Coll Cardiol. 2013;61(4):427-436. doi:10.1016/j.jacc.2012.08.1026.
Étude génétique et épidémiologique majeure suggérant un rôle causal du cholestérol résiduel dans la cardiopathie ischémique

RAPPEL
- Méthode 1 : Cholestérol total – (LDL + HDL).
- Méthode 2 : Cholestérol non-HDL – Cholestérol LDL.
- Il correspond au cholestérol transporté par les lipoprotéines riches en triglycérides (VLDL et IDL).
- Il est souvent lié à un taux élevé de triglycérides dans le sang.
- C'est un indicateur utile pour évaluer le risque cardiovasculaire.
L'ARTICLE
Pilsgaard F, Emanuelsson F, Vedel-Krogh S, Nordestgaard BG, Kobylecki CJ. Elevated remnant cholesterol, but not LDL cholesterol, explains part of recurrent ASCVD events in individuals with and without impaired renal function: the Copenhagen General Population Study and the UK Biobank.
Un taux élevé de cholestérol résiduel, mais pas de cholestérol LDL, explique en partie les événements cardiovasculaires athérosclérotiques récurrents chez les personnes avec ou sans insuffisance rénale : étude de population générale de Copenhague et biobanque britannique
Atherosclerosis. 2026 Jul;418:120798. doi: 10.1016/j.atherosclerosis.2026.120798. Epub 2026 May 28. PMID: 42217334.https://www.atherosclerosis-journal.com/article/S0021-9150(26)00164-4/fulltext
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Contexte et objectifs
Les personnes présentant une insuffisance rénale sont exposées à un risque élevé de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse (MCVA). Nous avons émis l’hypothèse qu’un taux élevé de cholestérol résiduel explique en partie le risque de récidive d’événements MCVA chez les personnes avec ou sans insuffisance rénale.
Méthodes
Nous avons inclus 107 480 individus issus de l’étude de population générale de Copenhague (CGPS) et 356 755 de la UK Biobank. Parmi eux, 8 051 et 16 857 présentaient une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse (ASCVD) à l’inclusion. L’insuffisance rénale était définie par un débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) < 60 mL/min/1,73 m² à l’inclusion, et le cholestérol résiduel a été calculé à partir d’un bilan lipidique standard.
Résultats
Dans les cohortes CGPS et UK Biobank, parmi les participants présentant une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse (MCVA) à l’inclusion, 1 975 et 3 849 récidives de MCVA ont été observées. Le risque relatif de récidive de MCVA par augmentation de 1 mmol/L (39 mg/dL) du cholestérol résiduel était de 1,34 (IC à 95 % : 1,19-1,51) dans la cohorte CGPS et de 1,51 (1,34-1,71) dans la UK Biobank, avec des estimations similaires chez les participants présentant ou non une insuffisance rénale. Le cholestérol LDL n’était associé à aucune récidive de MCVA dans les deux études. Dans les cohortes CGPS et UK Biobank, le cholestérol résiduel expliquait respectivement 2,6 % (IC à 95 % : 1,3 %-4,0 %) et 2,7 % (1,7 %-3,7 %) du risque accru de récidive de MCVA chez les personnes présentant une MCVA à l’inclusion. Aucune interaction n'a été observée entre le cholestérol résiduel et l'altération de la fonction rénale sur le risque accru d'événements ASCVD dans les deux études.
Conclusions
Chez les individus présentant une ASCVD au départ, avec ou sans insuffisance rénale, le cholestérol résiduel, mais pas le cholestérol LDL, expliquait une partie du risque de récidive d'événements ASCVD.
Points forts


Taux de cholestérol résiduel et de cholestérol LDL par catégories de DFG .

Risque accru d’événements ASCVD chez les individus atteints d’ASCVD au départ expliqué par un taux élevé de cholestérol résiduel .











Le cholestérol résiduel (remnant cholesterol, RC) est un contributeur indépendant du risque cardiovasculaire athéromateux (ASCVD) qui persiste même lorsque le LDL-C est bien contrôlé, et il joue un rôle particulièrement important chez les patients atteints d'insuffisance rénale chronique (IRC), où le LDL-C perd sa valeur prédictive. [1-3] Le RC correspond au cholestérol transporté par les lipoprotéines riches en triglycérides (VLDL, IDL et leurs remnants) et se calcule simplement : cholestérol total − HDL-C − LDL-C. [3-4]
Pourquoi le cholestérol résiduel est délétère
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Mécanisme athérogène direct. Contrairement au LDL, les remnants riches en triglycérides traversent l'endothélium par transcytose active et s'accumulent dans les lésions sous-endothéliales. Leur composante triglycéridique subit une lipolyse libérant des acides gras toxiques, favorisant l'expression de molécules d'adhésion, le recrutement des monocytes et la formation de cellules spumeuses. Le contenu triglycéridique supplémentaire peut aussi promouvoir l'inflammation intimale et possiblement la rupture/érosion de plaque. [1][5]
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Risque cardiovasculaire mesurable. Dans la cohorte PREDIMED, le RC était associé à une augmentation de 21 % du risque de MACE par 10 mg/dL, alors que le LDL-C et le HDL-C n'étaient pas associés aux événements. [2]
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Risque résiduel sous statines. Chez les patients traités par statines, l'apoB et le non-HDL-C (qui intègrent le RC) reflètent mieux le risque résiduel de mortalité et d'infarctus que le LDL-C. [6]
Chez quels patients le risque est le plus élevé
Le RC élevé fait partie de la dyslipidémie athérogène (triglycérides élevés, HDL-C bas, LDL-C souvent normal), fréquente dans plusieurs conditions cardiométaboliques: [2]
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Diabète de type 2, prédiabète et syndrome métabolique [2][4]
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Obésité / surpoids — chaque augmentation de 5 kg/m² d'IMC est associée à +27 % de prévalence de RC élevé [4]
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Insuffisance rénale chronique [2-3]
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Adultes jeunes — le RC est un facteur de risque cardiovasculaire indépendant même chez les jeunes, où l'association RC–risque semble particulièrement marquée [7-8]
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Autres facteurs associés : sexe masculin, âge avancé, tabagisme actif, antécédent familial de diabète [4]
Rôle spécifique de l'insuffisance rénale
L'IRC est un état à risque cardiovasculaire élevé à très élevé caractérisé par une dyslipidémie typique : triglycérides élevés, LDL-C normal et HDL-C bas. [9] Dans ce contexte, le RC prend une importance particulière:
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Le RC prédit l'ASCVD alors que le LDL-C ne le fait plus. Dans la Copenhagen General Population Study (10 427 sujets avec eGFR <60 mL/min/1,73 m²), chaque augmentation de 1 mmol/L (39 mg/dL) de RC était associée à un HR de 1,22 pour l'infarctus et 1,21 pour l'ASCVD ; l'effet était encore plus marqué chez les utilisateurs de statines (HR 1,40). Le RC expliquait 25 % de l'excès de risque d'ASCVD lié à l'insuffisance rénale chez les utilisateurs de statines, contre 0 % pour le LDL-C. [3]
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Relation bidirectionnelle RC–fonction rénale. Une méta-analyse montre que les sujets du quantile de RC le plus élevé ont un risque de IRC supérieur de 46 %, avec une corrélation inverse entre RC et eGFR ; chez les patients diabétiques avec néphropathie, un RC élevé augmentait de 24 % le risque de progression vers l'insuffisance rénale terminale. [5]
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Accumulation du RC avec la baisse de l'eGFR. Dans l'IRC non dialysée, le RC augmente et le HDL-C diminue à mesure que l'eGFR décline et en cas d'urémie, alors que TC, LDL-C et TG restent souvent inchangés — ce qui explique pourquoi les paramètres lipidiques conventionnels sous-estiment le risque dans cette population. [10]
La figure suivante illustre la relation inverse continue entre le cholestérol résiduel et l'eGFR à travers les études de la méta-analyse:

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Implications pratiques
Les patients à haut RC sont identifiables via le non-HDL-C ou l'apoB, qui capturent l'ensemble des particules athérogènes contenant de l'apoB, y compris les remnants — particulièrement utile lorsque le LDL-C est trompeusement normal. [3][9] Sur le plan thérapeutique, chez les patients IRC, les statines (± ézétimibe) réduisent l'ASCVD, mais les recommandations ESC déconseillent d'initier un traitement hypolipémiant chez les patients en insuffisance rénale terminale (dialyse), tout en le maintenant s'il est déjà en cours. À noter qu'il n'existe pas encore de recommandation établie sur le dosage de routine du RC.
REFERENCES
Dans certains cas il faut aller au delà du LDL surtout quand malgré le traitement est une observance correct l'athérothrombose continue à évoluer.Il faut alors controler si cela n'a pas été réalisé la Lp(a) et le choléstérol résiduel sans oublier l'apo-B. Il s'agit de cas par cas , rien de systématique.

Cardiologue | SG du TAC - Association Marocaine de Prévention des Maladies Cardiovasculaires | 50 ans d’engagement médical | Kénitra → Marrakech
📚 Galli M, Abbate A, et al. Residual cardiovascular risk in coronary artery disease: from pathophysiology to established and novel therapies. Nature Reviews Cardiology. 2026;23:500–523.📚 ZEUS Trial: Ziltivekimab Fails to Reduce MACE in ASCVD Patients

