De l'instrumentalisation du cancer

 
 
 
“L'exigence de liberté est une exigence de pouvoir.” “Tout grand progrès scientifique est né d'une nouvelle audace de l'imagination.” “L'éducation est un progrès social... L'éducation est non pas une préparation à la vie, l'éducation est la vie même.” John Dewey

 

"La crainte de la maladie est une phobie collective de notre culture." Faith Popcorn

 

 
 
 
 
 
12 février 2026
 

L’épidémie de désinformation sur le cancer se propage. Tant pis si notre espérance de vie n’a jamais été aussi élevée, si on soigne mieux que jamais et si les pesticides sont innocents. Pour combattre la modernité, les marchands de peur ont fait du cancer leur totem.

 

À force d’instrumentalisation, particulièrement en France, le cancer n’est plus seulement une dramatique épreuve intime et médicale. Il devient une variable d’ajustement des agendas militants, politiques et médiatiques, qui en rendent responsables les pratiques d’une agriculture déjà exsangue et au bord de l’explosion.

 

Un débat a été ravivé à la faveur des municipales. Par ailleurs, des discussions se tiennent actuellement à l’Assemblée autour de l’annonce d’une nouvelle mouture de la loi Duplomb et d’une seconde pétition contestant la possibilité, la première ayant recueilli plus de 2 millions de signatures. 

 

Il s'agit également de l'exploitation malhonnête des chiffres concernant l'évolution du nombre de patients atteints par ces pathologies de 1990 à 2023, qui a doublé pour des raisons logiques que nous étudierons plus loin.

 

Un phénomène dangereux qui fragilise un secteur économique vital et certaines de ses filières, et détourne l’attention des facteurs à considérer prioritairement pour faire reculer la maladie. De quoi avoir fait réagir plusieurs cancérologues, scientifiques et spécialistes de l’agriculture, qui, notamment à l’initiative de notre contributeur, le Dr Jérôme Barrière, ont publié une tribune en forme de signal d’alarme dans Le Point, le 8 février dernier.

La réalité de l’explosion des cancers

 

Certes, les chiffres sont éloquents : le nombre de nouveaux cas de cancers en France métropolitaine est passé de 216 130 en 1990 à 433 136 en 2023, soit un doublement en trois décennies. Cette hausse, souvent qualifiée d’”explosion” dans les discours militants, n’est pourtant pas liée aux pesticides ou à l’agriculture intensive.

Trois facteurs démographiques et médicaux l’expliquent principalement.

Premièrement, le vieillissement de la population. L’espérance de vie a progressé de manière spectaculaire : chez les hommes, de 72,7 ans en 1990 à 80,3 ans en 2025 ; chez les femmes, de 81,0 ans à 85,9 ans. Parallèlement, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a quasiment doublé depuis 1990, passant d’environ 8 millions à près de 15 millions. Soit de 14 % de nos concitoyens à 22 %, en tenant compte de l’évolution démographique. Or, le cancer est avant tout une maladie liée à l’âge. Plus on vit longtemps, plus les cellules accumulent des mutations, multipliant les risques. Ce facteur explique à lui seul 48 % de l’augmentation des cas chez les hommes et 27 % chez les femmes de 1990 à 2023.

Deuxièmement, la croissance démographique amplifie ce phénomène. La population française est passée de 58 millions d’habitants en 1990 à environ 68 millions en 2023 (69,1 millions selon le dernier recensement), soit une hausse de 10 millions. Cette augmentation élève logiquement le volume absolu de diagnostics, indépendamment des taux d’incidence par habitant. Combinés, ces deux éléments – vieillissement et croissance démographique – justifient 78 % de l’évolution chez les hommes et 57 % chez les femmes.

Troisièmement, l’amélioration des dépistages, impulsée par des politiques publiques volontaristes depuis les années 1990, détecte davantage de tumeurs et, ce qui est encourageant, à des stades précoces, rendant la guérison plus probable.

 

Des programmes nationaux pour le sein, le colorectal ou le col de l’utérus ont multiplié les diagnostics, y compris pour des cas qui auraient pu passer inaperçus autrefois. Contrairement aux affirmations alarmistes, la France n’établit aucun record mondial ; l’incidence du cancer reste stable ou en baisse pour plusieurs localisations, comme pour le poumon chez les hommes, grâce à la baisse du tabagisme actif. Avec une incidence de 339 cas constatés pour 100 000 habitants, rien qu’en Europe, notre pays est moins touché que le Danemark, l’Irlande, la Norvège, la Belgique ou les Pays-Bas, dont les taux oscillent de 350 à 400. Néanmoins, il faut rester prudent quand on compare les pays entre eux, les registres étant différents dans leur mode de recueil.

Par ailleurs, cette hausse des cas s’accompagne d’avancées médicales remarquables,

Ces avancées médicales ont été boostées ces dernières années par les apports d'une intelligence artificielle qui commence à révéler ses promesses. Les taux de survie à cinq ans ont bondi : pour le cancer de la prostate, autour de 93 % aujourd’hui ; pour celui du sein, 89 % ; pour le colorectal, 65 % ; et pour le poumon, 22 %. Ces progrès contrastent avec les narratifs catastrophistes qui occultent les victoires de la médecine et alimentent une peur irrationnelle, détournant des efforts vers des causes secondaires.

Les causes réelles des cancers : prioriser les facteurs modifiables

 

Les origines du cancer sont multiformes, mais les données épidémiologiques identifient clairement les principaux coupables, loin des accusations récurrentes contre les produits phytosanitaires. Parmi les facteurs modifiables, le tabac domine largement, responsable de 20 % des nouveaux cas en France (29 % chez les hommes, 9,3 % chez les femmes). Il provoque notamment des cancers du poumon, des voies aérodigestives supérieures, du pancréas, de la vessie et bien d'autres encore. L’alcool suit, à l’origine de 8 % des cas (8,5 % chez les hommes, 7,5 % chez les femmes), touchant l’œsophage, le foie, le sein, le colorectal et, là encore, le pancréas, dont le cancer est le plus redoutable. Le surpoids et l’obésité contribuent chacun à 5,4 % des diagnostics, favorisant des tumeurs hormonodépendantes comme celles du sein ou de l’endomètre, tandis qu’une alimentation déséquilibrée – pauvre en fruits, légumes et fibres, riche en viandes transformées – ajoute 5,4 % supplémentaires. La sédentarité, avec 0,9 %, complète ce tableau des modes de vie délétères.

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D’autres causes incluent les infections (comme le papillomavirus ou les hépatites, évitables par la vaccination et représentant 3 à 5 % des cas) et les expositions professionnelles (3 à 5 %, surtout liées à des substances comme l’amiante ou les solvants).

 

En comparaison, les produits phytosanitaires utilisés en agriculture sont soupçonnés dans la survenue d’environ 0,1 % des cancers, touchant principalement les professionnels exposés (de mieux en mieux protégés désormais car informés), et de manière marginale, selon les études du Centre international de recherche sur le cancer et de Santé publique France. Par ailleurs, comme la plupart de nos voisins européens, mais avec une rigueur parfois supérieure, nous n’utilisons plus de pesticides classés CMR catégorie 1, les plus dangereux (cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction avérés ou présumés, selon le règlement CLP européen).

S’obstiner alors sur ces facteurs extrêmement mineurs de survenue des cancers, au point d’être inquantifiables, comme le font certains discours, détourne des priorités essentielles et perpétue une illusion de contrôle sur des risques exagérés.

Des discours dangereux et opportunistes

 

Or, il s’agit d’un réel danger. Ces narratifs relèvent le plus souvent de médias considérant la peur comme étant plus lucrative que la science, et de militants et politiciens opportunistes et irresponsables suivant un agenda électoral clientéliste. Les premiers, outre de désinformer, laissent certains argumentaires fallacieux et antiscientifiques être déroulés sans jamais que leur soit portée la contradiction, témoignant soit de l’ignorance des journalistes, soit de leur complaisance coupable. Une offensive « phobiste » coordonnée et ravageuse. On pense notamment aux mots scandaleux de Rima Hassan à l’encontre du sénateur Duplomb, sans aucun lien de causalité entre son propos et sa loi : « Ma propre mère est décédée d’un cancer à 3 mois de sa retraite. Comme 2 millions de Français j’emmerde Duplomb qui roule pour l’agro-industrie au détriment de la santé publique. » Une saillie ensuite soutenue sans scrupule par Jean-Luc Mélenchon, faisant par ailleurs référence à la militante Fleur Breteau qui a lancé à la figure des parlementaires ayant voté le texte : « vous êtes des alliés du cancer, et on le fera savoir ! ». Fleur Breteau ? Parlons-en. Styliste, fondatrice d’une chaîne de sex-shops et militante de Greenpeace, elle n’a jamais travaillé dans l’agriculture. Atteinte d’un cancer du sein sans aucun lien avec les pesticides, elle est un exemple emblématique de cette dérive de la politisation du cancer que son malheur ne justifie pas.

 

Une dérive qui s’appuie sur les théories critiques de la modernité, comme celle du prêtre et philosophe austro-américain Ivan Illich, vue comme une machine folle qui, par sa course à la productivité, aliènerait les individus, détruirait leur autonomie, tout en générant une rareté artificielle et une destruction environnementale. Ironie du sort, Illich est mort en 2002, victime d’un cancer qu’il… a refusé de faire soigner pour se conformer à ses théories. Cette critique radicale reste très influente aujourd’hui chez de nombreux militants antipesticides, qui y puisent une dénonciation des logiques industrielles agrochimiques.

La science contre l’émotion et l’instrumentalisation

 

Outre de passer à côté des véritables enjeux, ces discours alimentent un populisme antiscience qui stigmatise une profession en crise, avec des suicides en hausse parmi les agriculteurs, et poussent à des lois hâtives sans évaluer leurs impacts. Cette polarisation, typique de l’époque, érode le débat démocratique, remplaçant l’analyse factuelle par une indignation sélective qui freine les solutions équilibrées pour la santé et l’environnement. Ainsi, acceptons désormais qu’une pétition signée par 3 % des Français fasse office de référendum et rende caduque toute nouvelle proposition de loi reprenant pourtant scrupuleusement l’avis du Conseil constitutionnel rendu durant l’été 2025.

En remplaçant la science par l’indignation, elle fragilise des secteurs essentiels comme l’agriculture, qui poursuit inéluctablement son déclin et occulte les batailles cruciales contre le tabac, l’alcool ou l’obésité, qui pourraient prévenir des dizaines de milliers de cas annuels en visant par exemple une génération sans tabac ou encore une meilleure couverture vaccinale contre les papillomavirus encore insuffisante et inégale sur le territoire. Il est impératif de remettre la raison au centre du débat et de prioriser les facteurs évitables pour booster des taux de survie dont la hausse constante reste remarquable.


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Cet article de Benjamin Sire dénonce la politisation du cancer en France, accusant certains militants et médias de propager une désinformation alarmiste contre l'agriculture. L'auteur démontre que l'augmentation statistique des diagnostics s'explique principalement par le vieillissement démographique et l'efficacité accrue des dépistages, plutôt que par l'usage des pesticides. Il souligne que les véritables priorités de santé publique résident dans les facteurs de risque évitables tels que le tabagisme, l'alcool et l'obésité. En critiquant cette instrumentalisation idéologique, le texte appelle à privilégier la rigueur scientifique face à l'indignation émotionnelle pour protéger le secteur agricole. En conclusion, il rappelle que les progrès médicaux et l'intelligence artificielle permettent aujourd'hui d'atteindre des taux de survie historiquement élevés.
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En complément, 

Les cancers évitables 

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https://medvasc.info/archives-blog/cancers-evitables
https://www.nature.com/articles/s41591-026-04219-7

 
 
Dr Jean-Jacques Fraslin @Fraslin sur X 
La politique de santé de Robert Francis Kennedy Jr. connaît un succès retentissant! L'épidémie de rougeole en Caroline du Sud a commencé discrètement en septembre 2025 et a explosé en janvier 2026. Il y a 933 cas déclarés, a rapporté le département de la Santé publique de l’État le 10 février.

Les résultats d'un antivax qui justifie son attitude de la manière suivante , les vaccins sont à l'origine de l'autisme. 



Commentaire

Excellent article de Benjamin Sire : BRAVO 

Faire la part du VRAI et du FAUX n'est pas toujours évident, surtout à l'heure des réseaux sociaux qui propagent à la vitesse du son, n'importe quoi. Cet article est très intéressant , il montre que la science est de plus en plus en danger et que tout ce qui est  colporté à droite et à
 gauche ne vaut pas grand-chose avec l'étrange absence de cautions scientifiques. La science doit rester au centre de la médecine, mais quand on voit à l'œuvre le responsable US de la santé , on est pris au dépourvu, c'est un cas d'école de désinformation et de malinformation. Quand on voit aussi qu'il  ya de plus en plus de rétractations d'articles "scientifiques ", c'est plus qu'alarmant. Mais, si on se situe au cœur de la science, on est dans le droit chemin. Les patients toutefois, tout au moins certains, ont leurs croyances médicales et là c'est quelquefois difficile de les convaincre de rejoindre la science la vraie et non la "pseudo-science". La malveillance est partout, la dystopie n'est pas loi,elle est trop proche . On peut dire et même crier Orwell est de retour et plus que ce que vous croyez.La vérité est ébranlée à tel point que certaines et certains arrivent à douter et ce de plus en plus même chez des esprits au départ cartésiens !  Les scientifiques , les médecins doivent rester dans la véracité, la "vraie vérité" et non pas dans les "contre-vérités". Comme le souligne Rick Anderson, "notre allégeance à la vérité est plus grande et plus profonde que notre allégeance à des programmes politiques ou à des courants de pensée sociale particuliers,  Aucun programme, organisation ou mouvement qui exige notre malhonnêteté ne mérite notre loyauté.  Parce que la vérité est importante, éviter et dénoncer la désinformation est un effort louable et important." Il faudrait introduire dans les études médicales un module "vérité scientifique ou comment faire la part des choses entre le vrai et le faux de la science". Quelquefois leurs liens sont ténus et on peut facilement basculer d'un côté ou de l'autre de la vérité scientifique. Le pire, c'est quand les politiques instrumentalisent la science en avançant des fausses vérités pour effrayer la population et gagner des voix. Les antivax persistent dans leur idéologie jusqu'au boutiste et se présentent comme des complotistes déconnectés de la réalité. Ils nient la science en inventant une niouvelle science qui n'a rien de scientifique.


À LIRE

IA et obscurantisme  médical

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https://medvasc.info/archives-blog/ia-et-obscurantisme-m%C3%A9dical

Désinformation médicale , un rapport nécessaire

Deux références majeures : "RESTAURER LA CONFIANCE POUR SAUVER DES VIES" et "LA DÉSINFORMATION TUE : " 

Par ailleurs, une idée revient dans tous les entretiens : seule une mobilisation collective et structurée, qui associe des actions d’éducation, de formation, d’information, de détection, de sanctions et de recherche, permettra de répondre à la désinformation. Cette mobilisation collective et structurée, qui associe des actions d'éducation, de formation, d'information, de détection, de sanctions et de recherche, permettra de répondre à la désinformation qui fragilise la confiance, met en danger la santé des citoyens et participe à la polarisation de notre société.

Ajoutons que les réseaux sociaux sont plus que délétères en matière de santé ; ils sont dangereux, ils sont à éradiquer. Les coupables sont partout.

L'Éducation nationale a un rôle majeur à jouer de même que les parents.

Il faut expliquer aux adolescents "qui gobent tout" , qu'ils ont un sens critique qui ne demande qu'à se développer. S'ils restent passifs devant l'avalanche de "fakenews", leur sens critique va s'étioler progressivement avec leur cerveau.

Mais, il n'y a pas que les adolescents qui sont concernés, en fait toute la population qui croit à tout et n'importe quoi et à tout âge. 

https://medvasc.info/archives-blog/d%C3%A9sinformation-m%C3%A9dicale-rapport

Désinformation, mésinformation et communication scientifique

https://medvasc.info/archives-blog/d%C3%A9sinformation,-m%C3%A9sinformation-et-communication-scientifique


Désinformation : Mot se prêtant à un usage abusif, surtout lorsqu’il finit par désigner toute opinion diffusée par les médias et que l’on croit fausse ou biaisée. La désinformation consiste à propager délibérément des informations fausses pour influencer une opinion et affaiblir un adversaire. " François-Bernard Huyghe



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