"L'âme des articulations (Anima articulorum) Academia.edu
C'est sans doute la plus belle appellation médicale de la colchicine. Au VIe siècle, les médecins byzantins, et notamment Alexandre de Tralles, ont introduit l'usage du bulbe de colchique (alors appelé hermodactyle, littéralement le "doigt d'Hermès") pour traiter la goutte. Son efficacité foudroyante sur les crises de goutte était telle que les médecins l'ont surnommé en latin « Anima articulorum », que l'on traduit par « l'âme des articulations "

Redéfinir l'acide urique et le risque cardiovasculaire : goutte vasculaire et inflammation vasculaire induite par les cristaux dans l'hyperuricémie asymptomatique Sunao Kojim et coll
Points forts

Conclusions : Redéfinir l’acide urique, d’un marqueur numérique à un facteur de risque vasculaire lié au dépôt et à l’inflammation











SYNTHESE CHATGPT

La VISION EUROPÉENNE par OPEN EVIDENCE
L'article de Kojima, Nishimiya et Hisatome introduit le concept de « goutte vasculaire » (vascular gout), proposant que l'inflammation vasculaire induite par les cristaux d'urate monosodique (UMS) constitue un mécanisme pathogénique direct reliant l'hyperuricémie asymptomatique aux maladies cardiovasculaires. Voici ce que cette perspective asiatique peut apporter aux cliniciens européens.
Un cadre conceptuel novateur : de l'hyperuricémie « bénigne » à l'inflammation vasculaire cristalline
Traditionnellement, l'hyperuricémie asymptomatique est considérée en Europe comme un marqueur de risque cardiovasculaire plutôt qu'un facteur causal. Le consensus européen multidisciplinaire de 2025 (Johnson et al.) reconnaît que l'acide urique sérique élevé est indépendamment associé à la mortalité cardiovasculaire, l'insuffisance cardiaque, l'AVC et la progression de la maladie rénale chronique, mais souligne que les essais randomisés n'ont pas démontré de bénéfice cardiovasculaire clair du traitement hypo-uricémiant chez les patients asymptomatiques. [1] L'article de Kojima et al. propose de dépasser ce paradigme en introduisant le concept de « goutte vasculaire », suggérant que des dépôts de cristaux d'UMS peuvent se former directement dans les artères coronaires et les plaques d'athérosclérose, même en l'absence de manifestations articulaires.
Cette hypothèse est soutenue par des données d'imagerie récentes : le scanner double énergie (DECT) a permis de détecter des dépôts cardiovasculaires d'UMS chez des patients goutteux, validés par microscopie en lumière polarisée sur des spécimens cadavériques. [2] Des travaux japonais (Nakahashi et al.) confirment que les technologies d'imagerie récentes révèlent des dépôts d'UMS dans les artères coronaires, au-delà des articulations. [3]
Pertinence pour la pratique européenne
-
Reclassification du risque cardiovasculaire. La prévalence de l'hyperuricémie augmente globalement : de 12,3 % à 18,6 % chez les hommes et de 6,7 % à 11,2 % chez les femmes entre 2000 et 2023, avec les taux les plus élevés dans les pays à hauts revenus et les milieux urbains. En Europe, la prévalence atteint 19-25 % dans certains pays. Le consensus européen de 2025 propose déjà une approche individualisée par paliers thérapeutiques (« six-rung therapeutic ladder ») intégrant mesures hygiéno-diététiques, optimisation des comorbidités et traitement hypo-uricémiant ciblé. Le concept de goutte vasculaire pourrait renforcer la justification d'un dosage systématique de l'uricémie dans la stratification du risque cardiovasculaire. [1][4-5]
-
Mécanismes physiopathologiques transposables. L'architecture génétique du contrôle de l'uricémie est similaire entre populations européennes et est-asiatiques, comme le montre une méta-analyse GWAS trans-ancestrale portant sur plus d'un million d'individus. Les voies inflammatoires impliquées — activation de l'inflammasome NLRP3, sécrétion d'IL-1β, dysfonction endothéliale, stress oxydatif — sont universelles et ne dépendent pas de l'ethnie. L'acide urique soluble, même à des concentrations physiologiques, favorise l'inflammation via la voie AMPK-mTOR et le développement de plaques athéroscléreuses. L'étude de Mendelian randomization dans les populations est-asiatiques confirme un lien causal entre uricémie et maladie coronarienne (β = 0,197, IC 95 % : 0,084-0,31). [6-10]
-
Le paradoxe thérapeutique persiste. Malgré ces données mécanistiques convaincantes, une méta-analyse dose-réponse récente (42 articles, >1 million de participants) ne fournit que des preuves de qualité faible à très faible d'une association entre hyperuricémie et coronaropathie (HR 1,21 ; IC 95 % : 1,14-1,28) et mortalité cardiovasculaire (HR 1,75 ; IC 95 % : 1,12-2,74). Les traitements hypo-uricémiants directs dans l'hyperuricémie asymptomatique n'ont pas démontré de bénéfice cardiovasculaire net, et les thérapies ciblant les comorbidités cardiovasculaires (notamment les inhibiteurs SGLT2) abaissent l'uricémie tout en réduisant les événements cardiovasculaires. [11-13]
-
Vers une convergence des approches. L'hypothèse de la « trained immunity » (immunité entraînée) induite par l'urate — où l'hyperuricémie chronique reprogramme épigénétiquement les monocytes vers un phénotype pro-inflammatoire avec surexpression d'IL-1β et sous-expression d'IL-1Ra — offre un pont entre la goutte vasculaire et le modèle inflammatoire de l'athérosclérose validé par l'essai CANTOS. L'hématopoïèse clonale (CHIP), plus fréquente avec l'âge, pourrait amplifier cette inflammation systémique chez les patients goutteux et hyperuricémiques. [8][14]
La figure ci-dessous illustre ce modèle d'interaction entre urate soluble, cristaux d'UMS et inflammation systémique conduisant aux comorbidités cardiovasculaires.

Used under license from Wiley.
En synthèse, l'apport principal de cet article asiatique pour les cliniciens européens est de proposer un changement de paradigme : passer de l'hyperuricémie comme simple biomarqueur associé au risque cardiovasculaire à un modèle d'inflammation vasculaire cristalline active, même en l'absence de goutte clinique. Cette perspective renforce l'intérêt du dosage de l'uricémie dans la stratification du risque, tout en soulignant que la démonstration d'un bénéfice thérapeutique du traitement hypo-uricémiant sur les événements cardiovasculaires durs reste à établir par des essais randomisés ciblés — un besoin reconnu tant par les experts européens que par les données épidémiologiques mondiales. [1][4]
REFERENCES
Commentaire
Décidément l'INFLAMMATION fait la une dans le contexte cardiovasculaire.Le controle de l'acide urique va devenir un biomarqueurs cardiovasculaire, quant à al COLCHICINE elle av intégrer les traitements de l'athérosclérose.
INFLAMMATION et TERRITOIRES VASCULAIRES : des DIFFÉRENCES


INFLAMMATION et ATHEROSCLÉROSE
Tableau des recommandations de consensus
Évaluation et estimation du risque – Biomarqueurs
▪ Étant donné que les cliniciens ne traiteront pas ce qu'ils ne mesurent pas, le dépistage universel de la hsCRP (CRP ultra-sensible) chez les patients en prévention primaire et secondaire, en association avec le cholestérol, représente une opportunité clinique majeure et est donc recommandé.
▪ D'autres biomarqueurs inflammatoires tels que la sérum amyloïde A, l'IL-6, le fibrinogène, la numération des globules blancs, le rapport neutrophiles/lymphocytes et le rapport EPA/AA prédisent également le risque cardiovasculaire ; cependant, leur évaluation de routine n'apporte que peu d'informations supplémentaires par rapport à la hsCRP. De plus, seule la hsCRP est reconnue par les agences réglementaires et a été systématiquement utilisée dans les grands essais sur les événements cardiovasculaires.
Biomarqueurs d'imagerie
▪ Les biomarqueurs d'imagerie pour détecter l'inflammation vasculaire sont prometteurs dans le domaine de la recherche, mais ne doivent pas être utilisés en pratique clinique de routine.
Dépistage de la hsCRP et inhibition de l'inflammation en prévention primaire
▪ Une seule mesure de la hsCRP (> 3 mg/L) peut être utilisée en pratique clinique de routine pour identifier les individus présentant un risque inflammatoire accru, à condition que le patient ne souffre pas d'une maladie aiguë.
▪ Chez les individus présentant une charge inflammatoire accrue, l'instauration précoce d'interventions sur le mode de vie est recommandée pour réduire le risque inflammatoire.
▪ En prévention primaire, la découverte d'un taux de hsCRP élevé de façon persistante doit conduire à envisager l'instauration ou l'intensification d'un traitement par statine, indépendamment du taux de cholestérol LDL.
Dépistage de la hsCRP et approches anti-inflammatoires en prévention secondaire
▪ Chez les individus atteints d'une maladie cardiovasculaire connue, qu'ils soient traités ou non par statines, la hsCRP est un prédicteur d'événements vasculaires récurrents au moins aussi puissant que le cholestérol LDL, ce qui démontre l'importance du « risque inflammatoire résiduel » dans la pratique contemporaine.
▪ Chez les patients sous traitement par statine, il convient d'envisager d'augmenter la posologie vers une intensité supérieure si les taux de hsCRP restent > 2 mg/L, indépendamment du cholestérol LDL.
▪ La colchicine à faible dose réduit les événements cardiovasculaires chez les individus atteints d'athérosclérose stable chronique et constitue le premier agent anti-inflammatoire approuvé par la FDA à cette fin.
▪ La colchicine à faible dose est destinée à être utilisée en complément d'un traitement hypolipémiant ; cependant, la colchicine ne s'est pas avérée efficace lorsqu'elle est initiée au moment d'une ischémie aiguë et doit être évitée chez les individus souffrant d'une maladie hépatique ou rénale significative.
▪ Plusieurs nouveaux agents anti-inflammatoires, y compris les inhibiteurs de l'IL-6, sont actuellement en cours d'évaluation dans des essais randomisés dans les contextes de maladie rénale chronique, de dialyse, d'ICFEp (insuffisance cardiaque à fraction d'éjection préservée) et de syndrome coronarien aigu.
Voies inflammatoires dans les risques liés au comportement et au mode de vie
▪ Privilégier les modèles alimentaires anti-inflammatoires tels que le régime méditerranéen ou le régime DASH.
○ Mettre l'accent sur la consommation de fruits, de légumes, de céréales complètes, de légumineuses, de noix et d'huile d'olive.
○ Augmenter l'apport alimentaire en acides gras oméga-3 ; 2 à 3 repas de poisson par semaine sont recommandés — de préférence des poissons gras riches en EPA+DHA.
○ Limiter au maximum les viandes rouges et transformées, les glucides raffinés et les boissons sucrées.
▪ Pratiquer ≥ 150 min/semaine d'exercice physique modéré ou 75 min/semaine d'exercice intense. ▪ Arrêter de fumer pour réduire l'inflammation chronique de bas grade.
▪ Maintenir un poids de forme pour atténuer l'inflammation systémique.
L'inflammation dans l'IC (insuffisance cardiaque) et autres maladies cardiovasculaires (MCV) ▪ Les marqueurs inflammatoires et immunitaires tels que la hsCRP et l'IL-6 peuvent être utilisés comme prédicteurs de risque dans l'IC chronique.
▪ L'EPA+DHA peut être envisagé dans le cadre de la prise en charge des patients atteints d'IC de classe fonctionnelle NYHA II à IV, indépendamment de l'étiologie ou de la FEVG (fraction d'éjection ventriculaire gauche).
▪ Les statines peuvent être envisagées dans le cadre de la prise en charge des patients atteints d'IC ischémique et âgés de > 60 ans.
Traitement anti-inflammatoire de la péricardite récidivante
▪ Le blocage de l'IL-1 peut être envisagé chez certains patients sélectionnés présentant de multiples épisodes récurrents de péricardite résistante à la colchicine et aux corticoïdes, avec des taux de hsCRP > 10 mg/L, en l'absence de tuberculose.
▪ Les nouveaux traitements anti-inflammatoires pour la péricardite récidivante représentent une avancée thérapeutique importante pour les patients à haut risque.


