Ulcères veineux et AOMI : compression !

 
 
"Un dogme est l'oiseleur guettant dans la forêt, qui, parce qu'il a pris un passereaucroirait avoir tous les oiseaux du ciel bleu dans sa cage."  Victor Hugo

" Les vérités scientifiques ont une durée de vie plus courte que la vie des patients " Michel Dauzat



Nou-Howaldt M, Elias A, Auvert JF, Elbhar C, Léger P, Perez-Martin A, Barcat D, Giordana P, Carpentier PH, Mestre S.
A French Practice Survey of Diagnostic Assessment and Compression Therapy for Patients with Venous Leg Ulcers and Peripheral Artery Disease.

Enquête française sur les pratiques diagnostiques et la thérapie par compression chez les patients atteints d'ulcères veineux de jambe et d'artériopathie périphérique

Eur J Vasc Endovasc Surg. 2026 Feb 3:S1078-5884(26)00097-3. doi: 10.1016/j.ejvs.2026.01.060. Epub ahead of print. PMID: 41643931.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1078588426000973
Article en libre accès 

Objectif

 
L'objectif principal était d'observer comment les médecins vasculaires diagnostiquent la maladie artérielle périphérique (PAD) chez les patients atteints d'ulcères veineux de la jambe (VLU) et le type de compression utilisé chez les patients présentant une VLU-PAD sans ischémie critique menaçante des membres (CLTI). Les objectifs secondaires étaient d'évaluer l'innocuité et l'efficacité de la compression.

Méthodes

Il s'agissait d'une enquête prospective et multicentrique sur les cabinets médicaux complétée par une étude de cohorte de patients prospective avec un suivi de 6 moi
s. Des données ont été recueillies sur le diagnostic et la prise en charge du VLU-PAD par les médecins, les caractéristiques du patient et de l'ulcère, l'évaluation de la PAD, les types de compression utilisés, ainsi que l'efficacité et l'innocuité de la compression.

Résultats

Vingt-deux médecins ont participé, et 141 patients présentant un VLU-PAD sans CLTI ont été inclus (âge médian 82 ans, durée médiane de la plaie 18 semaines).
La PAD a été diagnostiquée par échographie Doppler couleur (97,2 %) et ou pression artérielle des orteils (TBP) (63,1 %). Des bandages multicouches ont été utilisés principalement (56,7 %), quel que soit le niveau de TBP. Au total, 127 patients ont terminé le suivi de 6 mois, deux ont été perdus pour le suivi et 12 sont décédés (de causes non liées à la compression). Le taux de guérison des ulcères était de 46,5 % (37,5 % pour 30 mmHg ≤ TBP < 60 mmHg, 63,2 % pour 60 mmHg ≤ TBP < 80 mmHg et 77,8 % pour TBP ≥ 80 mmHg). Trois patients ont subi une revascularisation pour une ischémie sans rapport avec la compression. Parmi les facteurs associés à la guérison, la TBP ≥ 60 mmHg et la surface de l'ulcère ont surpassé la durée de l'ulcère et l'analyse de la forme d'onde dans l'analyse multivariable.

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 Résultats de l'échographie Doppler.

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Compression avant et après inclusion.

 

 

Conclusion

La PAD a été principalement diagnostiquée par échographie Doppler couleur. La compression n'a pas été systématiquement adaptée à la gravité de la PAD. Aucun événement indésirable lié à la compression ne s'est produit pendant le suivi. La TBP est apparue comme un facteur pronostique potentiel pour la guérison sous compression, mais cela doit être confirmé dans de futures études.

SYNTHÈSE / NOTEBOOKLM
 
Cette étude observationnelle française analyse les pratiques des médecins vasculaires concernant le diagnostic et le traitement par compression des ulcères de jambe veineux associés à une artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI). Les auteurs soulignent que le diagnostic repose quasi systématiquement sur l'échographie-doppler couleur, bien que la mesure de la pression artérielle à l'orteil (PAO) apparaisse comme un indicateur pronostique plus fiable pour la cicatrisation. Les résultats démontrent que l'utilisation de bandages compressifs, sous surveillance médicale étroite, est à la fois efficace et sécuritaire pour ces patients, même en présence d'une atteinte artérielle modérée. En conclusion, l'étude suggère qu'une PAO supérieure ou égale à 60 mmHg est un facteur prédictif majeur de guérison. Cela valide ainsi l'application de la compression comme une option thérapeutique viable pour éviter des complications ischémiques tout en favorisant la fermeture des plaies.


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Ulcères de jambe mixtes : Pourquoi la compression n'est plus un tabou (et ce que les données nous révèlent)
 
1 . Introduction : Le dilemme du clinicien face aux ulcères mixte
Pendant des décennies, la prise en charge des ulcères de jambe a été dictée par une prudence extrême, voire une paralysie thérapeutique : si l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) était suspectée, la compression devenait un tabou absolu par crainte d'aggraver l'ischémie. Pourtant, l'AOMI est présente dans 10 à 30 % des cas d'ulcères veineux (VLU). Le clinicien se retrouve alors face à une équation complexe : comment traiter l'insuffisance veineuse, moteur de l'ulcère, sans compromettre une perfusion artérielle déjà précaire ?
 
Une étude française multicentrique majeure, menée par Monira Nou-Howaldt et le comité compression de la Société Française de Médecine Vasculaire (SFMV), vient bousculer ces certitudes. En observant les pratiques réelles de 22 spécialistes sur 141 patients, cette étude démontre que le paradigme doit évoluer : la compression n'est plus l'ennemie, mais une alliée sécurisée, à condition d'adopter les bons outils de mesure.

2. Point d'impact n°1 : Une sécurité confirmée chez des patients fragiles

L'un des enseignements les plus robustes de cette étude est l'absence totale d'événements indésirables graves liés à la compression. Il est cependant crucial de préciser le cadre de cette sécurité : l'étude a spécifiquement exclu les patients souffrant d'ischémie critique (CLTI), définie par une pression de cheville (ABP) < 60 mmHg ou une pression d'orteil (TBP) < 30 mmHg.
Sur cette population "VLU-PAD sans CLTI", les résultats sont sans appel. Malgré une fragilité marquée — un âge médian de 82 ans et une perte de mobilité significative (54,3 % des patients étaient immobiles ou marchaient moins de 100 m) — aucun cas d'amputation ou d'ischémie provoquée par la compression n'a été enregistré durant les 6 mois de suivi.
« Les données de l'étude Nou-Howaldt et al. confirment que la compression, appliquée sous supervision médicale, est bénéfique et sûre pour les patients porteurs d'ulcères mixtes dès lors que la pression d'orteil est supérieure à 30 mmHg. » — Synthèse des conclusions de la SFMV.

Cette preuve de concept en "vie réelle" permet de dépasser les contre-indications théoriques rigides qui privaient jusqu'ici de nombreux patients âgés et polypathologiques d'un traitement efficace.

3. Point d'impact n°2 : La pression d'orteil (TBP), le "chaînon manquant" du diagnostic

Si l'échographie-Doppler reste l'examen de référence pour cartographier les lésions (utilisée dans 97,2 % des cas), l'étude révèle un "TBP gap" préoccupant : seuls 63,1 % des praticiens mesurent systématiquement la pression artérielle d'orteil (TBP).

Pourtant, chez les patients âgés ou diabétiques (37,9 % de la cohorte), l'index de pression systolique (IPS) à la cheville est souvent faussé par la calcinose médiale, qui rigidifie les artères et surestime les pressions. La TBP s'impose alors comme le "gold standard" pour évaluer la perfusion distale réelle. L'étude montre une corrélation directe entre le niveau de TBP et les taux de cicatrisation à 6 mois :
  • TBP [30 — 60 mmHg] : 37,5 % de guérison.
  • TBP [60 — 80 mmHg] : 63,2 % de guérison.
  • TBP ≥ 80 mmHg : 77,8 % de guérison.
L'enjeu visionnaire pour notre pratique est clair : il est urgent de systématiser la mesure de la TBP pour sortir du flou diagnostique de l'IPS et piloter la compression avec précision.

4. Point d'impact n°3 : La physique au service de l'artère : le choix des bandages
 
L'analyse des pratiques montre une préférence marquée pour les bandages multicouches (56,7 %). Plus précisément, les experts privilégient les dispositifs inélastiques ou à allongement court (68,8 %).
Ce choix repose sur une rationalité hémodynamique fine : ces bandages offrent une pression de travail élevée (efficace pour le retour veineux lors de la contraction musculaire) mais une pression de repos faible. C'est le compromis idéal pour l'ulcère mixte : on traite l'oedème et l'insuffisance veineuse sans opposer une résistance continue et délétère au flux artériel lorsque le patient est au repos. Cette dynamique explique pourquoi la compression n'altère pas la perfusion artérielle résiduelle, même sous des tensions de l'ordre de 40 mmHg à la cheville.

5. Point d'impact nᵒ 4 : la TBP, championne du pronostic (OR 5.80)
Le résultat le plus probant de l'analyse multivariée concerne la valeur prédictive de la pression d'orteil. Une TBP ≥ 60 mmHg s'est révélée être un prédicteur de guérison bien plus puissant que l'onde Doppler ou même l'ancienneté de la plaie.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes via les Odds Ratios (OR) :
  • TBP ≥ 60 mmHg : OR 5,80 (p = .008).
  • Surface de l'ulcère < 10 cm² : OR 4,45 (p = .032).
En d'autres termes, un patient ayant une TBP satisfaisante a près de six fois plus de chances de cicatriser sous compression qu'un patient en dessous de ce seuil. Cette donnée surpasse l'impact de la taille de l'ulcère, soulignant que la capacité de perfusion distale est le véritable moteur de la réparation tissulaire.

6. Conclusion : vers une mise à jour nécessaire des recommandations
 
L'étude de Nou-Howaldt et al. marque une étape décisive. Elle nous autorise à lever le frein sur la compression dès lors que la TBP est ≥ 30 mmHg, transformant un tabou historique en une stratégie thérapeutique maîtrisée. Avec un taux global de guérison de 46,5 % à 6 mois dans une population aussi complexe et fragile, les résultats égalent quasiment ceux des ulcères veineux purs.
 
Comme communicateurs scientifiques, nous devons porter ce message : le diagnostic de l'ulcère mixte ne doit plus conduire à l'abstention, mais à une évaluation artérielle précise par TBP.

Question de réflexion finale : par cette démonstration de sécurité et d'efficacité en vie réelle, n'est-il pas temps que les recommandations internationales intègrent systématiquement la TBP comme critère décisionnel prioritaire, afin d'uniformiser la prise en charge de ces patients trop longtemps sous-traités ?

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Conclusions

 
Cette étude décrit comment les médecins vasculaires français évaluent l'AOMI et utilisent la compression chez les patients présentant une AOMI associée à un ulcère veineux de jambe (AVJJ) sans ischémie critique des membres inférieurs (ICMI). Le diagnostic d'AOMI était principalement établi par échographie Doppler couleur, et la compression n'était pas systématiquement adaptée à la sévérité de l'AOMI. Malgré l'hétérogénéité des traitements compressifs, cette approche semble efficace et sûre pour ces patients. La pression du gros orteil  (PTB) est apparue comme un facteur prédictif potentiel de la cicatrisation des ulcères, mais ce résultat doit être confirmé par des études de cohorte de grande envergure et des essais contrôlés randomisés. Des études supplémentaires sont également requises pour identifier le type de compression le plus adapté aux patients présentant une AOMI .
 

Déclaration éthique

Cette étude a été approuvée par le comité d'éthique de la recherche (IRB-MTP_2021_10_202100759) et enregistrée sur ClinicalTrials.gov (n° NCT04829812). Tous les participants ont donné leur consentement éclairé par écrit.

 

Conflit d'intérêts

Aucun.

Financement

Cette étude a été financée par une bourse de compression de la Société française de médecine vasculaire .
 

Remerciements

Cette étude a bénéficié du soutien de la Société française de médecine vasculaire et a été réalisée par son comité de compression, en partenariat avec le groupe de travail Plaies et cicatrisation Les auteurs adressent leurs plus chaleureux remerciements aux 22 médecins vasculaires français ayant participé à cette recherche : Ally B., Amrani S., Barcat D., Bensedrine S., Blaise S., De Deken M., Diard A., Didier Q., Duthois S., Giordana P., Guivarch I., Journeau L., Jurus C., Laurent J., Léger P., Malloizel J., Manzanilla A., Michon–Pasturel U., Nou-Howaldt M., Mestre S., Oueslati A., Paradis H., ainsi qu’à Dauriac I. (pour la gestion de la base de données) et à leurs attachés de recherche clinique (Boulmerka I., Deleygue C. et Bonnet S.).
 

Utilisation des outils d'IA générative

Lors de la préparation de cet ouvrage, les auteurs ont utilisé DeepL afin d'améliorer la traduction. Après avoir utilisé cet outil, ils ont relu et corrigé le contenu selon les besoins et assument l'entière responsabilité de la publication.


Commentaire

Bravo à toute l'équipe "dirigée" par Monira.
Étude mixte libérale et hospitalière , le reflet du visage de la médecine vasculaire.
Excellent travail qui ouvre des horizons insoupçonnés.
Cet article remet en cause de vieux dogmes sur la compression et l'AOMI et les ulcères mixtes.

La SFMV  devra poursuivre ce travail en collaboration avec cette équipe talentueuse.
Cet article ouvre des perspectives avec de nouveaux travaux de la SFMV en cours concernant les facteurs pronostiques de cicatrisation et la "posologie" de la compression.
Notons que la prise en charge des ulcères, notamment mixtes, est un acte de médecine vasculaire qui associe : un examen clinique, un écho-Doppler, un diagnostic final et une prise en charge thérapeutique. 

Cet acte associe un acte intellectuel, un acte technique et un acte thérapeutique dans le même temps , puis un parcours de soin est défini.

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À INTÉGRER au orochain protocole 
https://medvasc.info/archives-blog/tas-art%C3%A8res-plantaires-pronostic

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