Anticoagulants / saignements utérins/Qualité de vie

 
"La révolution ampute le monde. De là cette hémorragie." Victor Hugo

"Un fait hors de l'ordinaire est plutôt un indice qu'un embarras." Sherlock Holmes


 
 
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Sarlon-Bartoli G, Leclercq B, Trillot N, Mahé I, Daoud-Elias M, Buchmuller A, Poenou G, Elias A, Poggi JN, Couturaud F, Resseguier N, Postzich M, Hammoudi L, Benredouane Y, Bretelle F, Goumidi L, Suchon P, Jidal S, Perez-Martin A, Rousselin C, Quere I, Mestre S, Sevestre MA, Soudet S, Bertoletti L, Susen S, Morange PE. Prevalence of abnormal uterine bleeding and quality of life after venous thromboembolism by oral anticoagulant use: the GENB-OAC Study.

Prévalence des saignements utérins anormaux et qualité de vie après une thromboembolie veineuse en fonction de l'utilisation d'anticoagulants oraux : l'étude GENB-OAC

Res Pract Thromb Haemost. 2025 Dec 31;10(1):103328. doi: 10.1016/j.rpth.2025.103328. PMID: 41658977; PMCID: PMC12874563.

Essentiel

Les anticoagulants oraux augmentent les saignements utérins anormaux chez les femmes en âge de procréer.
Les anticoagulants oraux aggravent la qualité de vie en raison de saignements utérins anormaux.
L'apixaban provoque moins de saignements utérins anormaux que le rivaroxaban ou les antagonistes de la vitamine K.
Une définition simple est nécessaire pour détecter et prendre en charge les saignements utérins anormaux.

Contexte

 

Les anticoagulants provoquent des saignements utérins anormaux (SUA) chez les femmes en âge de procréer atteintes de thromboembolie veineuse, mais les profils de sécurité des anticoagulants oraux (ACO) dans ce contexte ne sont pas clairs.
 

Objectifs

 
Analyser et comparer la prévalence des saignements utérins anormaux et la qualité de vie (QdV) dans 4 groupes (rivaroxaban, apixaban, antagonistes de la vitamine K [AVK] et témoins).
 

Méthodes

 
L’étude GENB-OAC (GENital Bleeding Oral AntiCoagulant) était une étude nationale, multicentrique, observationnelle et transversale menée dans 10 hôpitaux français de 2018 à 2022. Le critère d’évaluation principal était la proportion de femmes présentant des saignements génitaux majeurs et/ou des saignements génitaux non majeurs cliniquement significatifs et/ou un score supérieur à 100 sur l’échelle d’évaluation picturale des pertes sanguines.
 

Résultats

 
Au total, 445 femmes ont été incluses : 122 sous apixaban, 123 sous rivaroxaban, 81 sous AVK et 119 témoins sains. Le critère d’évaluation principal, les saignements génitaux, était significativement plus fréquent dans le groupe sous anticoagulants oraux (ACO) que dans le groupe témoin (94,8 % vs 82,4 % ; p < 0,001) et dans le groupe rivaroxaban ou AVK que dans le groupe apixaban (96,7 % ou 97,5 % vs 90,1 % ; p = 0,04 et p = 0,047). Les saignements génitaux majeurs étaient similaires dans les groupes apixaban et rivaroxaban. Cependant, les menstruations d’une durée ≥ 8 jours, les saignements non majeurs cliniquement significatifs et un score > 100 à l’échelle d’évaluation picturale des pertes sanguines étaient significativement plus fréquents dans le groupe rivaroxaban que dans le groupe apixaban. La qualité de vie était significativement plus faible dans le groupe sous ACO que dans le groupe témoin, mais similaire dans les trois sous-groupes d’ACO.
 

Conclusion

 
Les saignements utérins anormaux (SUA) sont fréquents chez les femmes en âge de procréer. Les anticoagulants oraux (ACO) augmentent les SUA et altèrent la qualité de vie des femmes. L'apixaban est associé à moins de SUA que le rivaroxaban ou les AVK, sans différence significative sur la qualité de vie. Un consensus international est nécessaire pour aider les cliniciens à dépister et à traiter les SUA chez les utilisatrices d'ACO.



 SYNTHÈSE NOTEBOOKLM
 
 Cette étude clinique prospective, nommée GENB-OAC, analyse la prévalence des saignements utérins anormaux et leur impact sur la qualité de vie des femmes traitées par anticoagulants oraux après une thrombose veineuse. Les chercheurs ont comparé des patientes sous apixabanrivaroxaban ou antivitamines K à un groupe témoin de femmes en bonne santé. Les résultats démontrent que les anticoagulants augmentent significativement la fréquence et la sévérité des hémorragies génitales, altérant ainsi le bien-être physique et social des patientes. L'étude souligne que l'apixaban semble entraîner moins de complications hémorragiques utérines que le rivaroxaban ou les antivitamines K. En conclusion, les auteurs appellent à un consensus international pour mieux détecter et prendre en charge ces effets secondaires fréquents en pratique clinique.


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Commentaire

Bravo Gabrielle, très belle étude.

HÉMORRAGIE GÉNITALE au décours d'une anticoagulation = contrôle gynécologique OBLIGATOIRE , ne pas passer à côté d'un cancer ! 

Ma pratique : depuis quelques années, j'ai adopté la conduite à tenir suivante en cas de saignement utérin chez une patiente anticoagulée , attitude purement empirique," la règle du bon sens".

* contrôle gynécologique
* Si  APIXABAN 5 mg X 2 , je relaye immédiatement par de l'apixaban 2,5 mg X 2  juste avant le début des règles et reprise 5 mg X 2 dès que les règles sont terminées.
* si RIVAROXABAN : relais à 10 mg puis reprise après les règles.
* Si COUMADINE : relais apixaban 2,5 mg, si échec HBPM.
* Si saignements abondants : acide TRANEXAMIQUE, transitoirement.

Contrairement à ce qui est dit dans l'article, j'ai observé l'arrêt des hémorragies chez des patientes traitées par un AOD par un relais COUMADINE + COAGUCHECK  (3 cas en cours, femmes jeunes) 

Par ailleurs, l'APIXABAN est effectivement moins hémorragique.
 
 À LIRE

Anticoagulants/MTEV et perte de sang chez les femmes

BLEED3

SCORE PBAC

 

FIGO classification of causes of AUB PALM COEIN

La classification PALM-COEIN est un système développé par la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique (FIGO) pour catégoriser les causes de saignements utérins anormaux chez les femmes en âge de procréer.

 

Hémorragie salvatrice sous  anticoagulant +++

Le terme d'HÉMORRAGIE SLAVATRICE, je l'ai entendu la première  fois en 1976, par un patron de Médecine interne au CHU de Grenoble, le Pr MAZARE. Il avait toujours des expressions imagées pour nous faire comprendre certaines situations. À l'époque, il s'agissait d'hémorragies provoquées par un AVK, et il nous répétait toujours : "cherchez le cancer", ce qui s'est avéré juste.

Aujourd'hui toute hémorragie qui survient au décours d'une anticoagulation par HBPM, AVK ou AOD, quelle que soit la cause, doit être un signe d'alerte, la plupart du temps
des hémorragies digestives ou urogénitales, comme cela est souligné dans ces articles importants qui nous ramènent à une réalité souvent méconnue.

Un examen clinique attentif est indispensable avant d'empiler inutilement toute une batterie d'examens paracliniques, dont la plupart le seront.

Dans ces articles, pas de différence notable entre un AVK et un AOD.


Alors restez en alerte face aux hémorragies sous anticoagulants........le cancer est en embuscade , ne pas passer à côté ! 
 
 
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